Festival de Deauville, Ed Harris et Viggo Mortensen dégainent  posté le samedi 13 septembre 2008 22:39

FESTIVAL


Quoi qu'il fasse Lionel Chouchan adore, fonce, applaudit. Son regard bleu laser l'envoûte et il n'est pas le seul. Qu'il campe un bon où la pire des ordures ensorcelle, comble, ravit. Le co-fondateur du Festival de Deauville a enfilé son costume de fan pour recevoir Ed Harris. Pour rendre hommage au l'acteur, au réalisateur, Jean-Jacques Annaud est de la fête. Avec ses mots, sa façon de raconter, son charme, en français, en anglais, le cinéaste de Stalingrad a narré sa toute première rencontre. De l'ouverture de la porte à la fin de l'entretien. Il cherchait son tireur d'élite allemand. Ed est arrivé, n'a pas ouvert la bouche, pas esquisser le moindre clignement d'oeil, pas sourciller. Un non, un oui et le rôle était à lui. La I.A.F.T - l'immense amicale de vos fans tricolores, expression inventée par ce blagueur de Chouchan - était aux anges.

Ed et le cinéaste à la chevelure toute blanche se sont jetés dans les bras l'un de l'autre. Ed l'a soulevé, J.J a gigoté. Puis Ed a remercié, s'est dit honoré. Emu, la larme à portée de ses yeux, Ed a parlé la vie, du cadeau qu'elle représente, le fait qu'elle file, devient de plus en plus chère. "Je ne suis jamais plus vivant que quand je joue. Le jeu m'aide à vivre et la vie nourri mes rôles". Sous l'emprise d'une réelle émotion il a déclaré tout son amour à sa femme, l'a couverte de fleurs. Et puis il appelé sur scène Viggo Mortensen, son "ami". Le tandem est sur les planches pour présenter Appaloosa. Ed l'a mis en scène, joue aux côtés du Roi de Tolkien. Les deux dégainent, redonnent des couleurs au western.

En ce samedi 13 septembre, ce sont eux les héros du jour. Ils ont même éclipsé un John Malkovich passé en coup de vent pour un Echange Eastwoodien.  Pendant toute la journée Viggo n'a cessé de parler à l'occasion de son équipe fétiche de foot, des joueurs d'une ville d'Argentine. Il a même accroché le drapeau aux couleurs rouge et bleue à la fenêtre de sa chambre d'hôtel. Royal le gars.

Veille de dernière journée, le festivalier a pris une claque avec War Child, un docu coup de poing sur la vie incroyable d'un enfant soldat du Soudan devenu rapeur de renom. Emmanuel Jal. La veille le même festivalier a entendu Julien Doré chanter, se prendre pour Sinatra, donner de la voix. Il était là pour une soirée de Gala, le journal. Que dire de plus...

Demain dimanche tout sera fini.   

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Festival de deauville : un amour de Juliette  posté le vendredi 12 septembre 2008 21:12

Pimpante, robe noire surplombée d'un voile en tulle, épanouie, rayonnante, le sourire toujours éclatant de bonheur, éclaboussant de gaieté, Juliette Binoche a embelli le ciel deauvillois. L'espace d'une soirée, d'un film, d'un Coup de foudre à Rhode Island, la Marie de Abel Ferrara, a mis le festival à ses pieds. Pour elle, Hollywood n'existe pas, c'est un concept, un rêve. Aimant s'amuser, profiter de la vie, elle promène aujourd'hui sa filmographie entre drame et comédie, sera bientôt à l'affiche du prochain Abbas Kiarostami. Ce soir, elle avait envie de rire et de faire rire.

Devant la caméra de Peter Hodges, Steve Carrel n'a pu résister à ses charmes dévastateurs. Il n'a qu'une idée en tête, la conquérir. La piquer à son frère qui se croit épris. Veuf, père de trois pestouilles, celui qui s'est glissé dans la peau de Max la menace - le film a été présenté le week-end précédent - craque pour notre frenchie, notre star. Et comment lui jeter à la face un bouquet de parasols, un baquet de sable, un cornet de pierres, une caisse de crevettes ? Comment lui balancer une nuée de reproches ? Impossible. Juliette est un amour.

Interrogée sur le tapis rouge sur de possibles conquêtes masculines convoitées par les deux Binoche, Juliette et sa soeur, l'actrice n'a pas caché que l'affaire s'est présentée. Une fois ! Pas une ne voulant baisser pavillon, céder sa place, elles firent ensemble un heureux. Pareil aveu fut distiller sans sourciller tout en précisant que la dite soeur était dans les parages. Et de partir dans un grand éclat de rires dont la comédienne a le secret.

Vendredi 12 septembre. Deauville tire à sa fin. Le matin, Bouquet et ses boys and girls, ont découvert American Son. Annoncé comme une approche différente de la guerre en Irak par le producteur, il s'est révélé, l'heure et deme de projection passée qu'il en était rien. Filmées par Neil Abramson, les dernières 96 heures dans sa ville natale, au sein de sa famille, de ses amis, d'un jeune GI partant au front et refusant de le dire se perdent dans le déjà vu, l'attendu, le conventionnel. Rien de nouveau sur le front.

En revanche The Visitor a touché en plein coeur Edouard Baer - le chouchou du public, le roi au hit parade des applaudissements - et ses acolytes du jury. Centré sur l'immigration, relatant la possible expulsion d'un sans papier syrien épris d'une sénégalaise, narrant la rencontre fortuite du couple avec un prof à côté de la vie ayant balancé toutes ses envies, le film de Tom McCarthy a frappé juste, ému. Le propos sonne juste, les acteurs ne commettent aucune fausse note, tout est rythmé par la trame d'un récit a vous faire froid dans le dos. Auteur d'un Station Agent déjà  surprenant, le jeune cinéaste récidive avec encore plus de force. Il fait partie des favoris pour le grand prix. Au même titre que Gardens of The Night et Sunshine Cleaning. En attendant Towelhead (Bougnoule en français).

Allez encore deux jours et l'affaire est pliée. Et demain Ed Harris dégaîne avec le soutien de Viggo Mortensen. Un sacré duo. Du gros calibre. Et dire que Lundi de Niro et Pacino sont à Paris.     

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Festival de Deauville se Hurt à William  posté le jeudi 11 septembre 2008 18:19

L'un est très grand, impressionnant, l'autre plus petit et géant dans son genre. Un blanc, un noir. En ce jeudi 11 septembre - une date tragique pour l'Amérique - iIs ont deux points communs, le cinéma et Deauville. William Hurt et Spike Lee sont sur les planches.

Le premier est venu aux bras de Maria Bello, une habituée du festival. Sur les coups de 14h34, le voilà fait citoyen d'honneur de la cité Normande, reçu à la mairie avec les égards dûs à l'événement, par le maire. Le directeur du festival, l'ancien premier magistrat Mme d'Ornano, et quelques invités triés sur le volet applaudissent. Le soir venu, William sera la proie des flashs, il arpentera le tapis rouge avec la ferme intention de venir défendre The Yellow Handkerchief, un road movie, une errance au coeur de la Louisiane...

Le second est une quasi institution. Maintes fois le festival l'a invité, en vain. en ce 10 septembre la manifestation lui sort le grand jeu. Honneurs, hommage, une salle comble, rien ne manque. Surtout pas le discours retraçant sa carrière, expliquant le pourquoi d'un tel engouement. Et quel discours. Chargé d'opérer pour l'occasion, le patron de la programmation de la Cinémathèque française a brossé un portrait on ne peut plus élogieux et amplement mérité. Devant un public tout ouïe Il a mentionné les engagements, les luttes contre l'obscurantisme, le racisme, la ségrégation mentale..., menés par le cinéaste depuis plus de vingt ans. Spike ne cesse de zoomer sur les maux de notre société, de les dénoncer. En Inside man, il s'attaque au système, le perfore, le malmène.

Pour Lee la salle s'est levée, comme un seul homme à l'exception d'une personne de renom Dominique Dessaigne. Perdu au milieu de la foule, le patron du groupe Lucien Barrière n'a pas bronché. Lee a remercié, dit être très touché. Peu de temps avant, il avait évoqué en conférence de presse sa visite au cimetière américain, son étonnement d'apprendre que nombre de soldats tués sur les plages de France étaient noirs. Lee est là pour Miracle à Santa Anna, un film truffé d'Allemands, nazis ou pas, d'Italiens, partisans ou pas, de GI's, essentiellement des afros-américains débarqués en Europe. Ayant combattus en Toscane dans l'indifférence quasi générale. Lee voulait saluer leur courage, rappeler leur dévouement à la bannière étoilée. Fortement concerné par les nouvelles élections Il s'est fait un devoir de mentionner son attachement à Obama. Lee est un combattant, un guerrier, sa présence sur les Planches claquait au vent de l'engagement à la mémoire de plus d'un millions de ses "frères" tombés pour défendre la démocratie, leur pays...

Entre ces deux personnages, deux projections de films en compétition. L'un Ballast, abuse du glauque, met mal à l'aise, est badigeonné à la sinistrose. L'autre Sunshine Cleaning, apparaît foutrement plus coloré. Diablement bien joué, tirant sur le noir avec des pointes d'espoir, drôle et tragique, touchant, poilant, il montre l'âme humaine sans maquillage, tripatouille dans les entrailles de la misère, des sentiments, met les mains dans le cambouis de la solitude. La mort y côtoie la vie avec gourmandise, originalité, tristesse, nostalgie. Une bouffée d'air un peu plus frais au milieu d'un crachin, d'une grisaille, malmenant les esprits.

Non loin de la mairie, alors que Hurt se fait attendre, une femme raconte son voyage d'Evreux à Paris. En habituée du train et du trajet, elle clame haut et fort son étonnement d'avoir été non seulement contrôlée mais fouillée. La montre rutilante, le maquillage travaillé, le brushing tiré à quatre épingles, la soixantaine passée, personne n'aurait l'idée de venir l'importuner. Et pourtant ! Pour la première fois dans sa vie la police lui a demandé son identité, les douanes l'ont interrogé et bien que propre sur elle, il lui fallut obtempérer, coopérer. Elle a vu le GIGN monter à bord du train, les douaniers scruter chaque passager avant de tomber sur un possible "trafiquant" presque aussitôt menotté. Embarqué dans un wagon évacué de ses occupants, l'individu a été récupéré à Saint Lazare. A sa descente, la dame fut questionnée, comme tous les autres. Et de préciser qu'un agriculteur fabricant de calvados était du nombre. Sa surprise fut telle qu'il faillit en tomber dans les pommes, dit-elle. Un bon point de départ pour un scénar.

Et dire que le festival tire déjà à sa fin. Encore Binoche, Juliette pour les intimes, Viggo Mortensen et Ed Harris et il sera temps de faire ses valoches. Terminé le cinoche.  

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Festival de Deauville se met au Lee  posté le mercredi 10 septembre 2008 18:11

Veille du 11 septembre, un newyorkais se montre. Engagé, défenseur acharné d'Obama, toujours partant pour flanquer de grosses ruades dans les balustrades de la polémique, Spike Lee est annoncé. Conférence de presse, avant première, hommage le cinéaste américain a le droit au grand jeu. Mais pas la peine de monter au front, de menacer de tout faire exploser, rendez-vous demain.

En ce jour de repos pour les élèves, quoi que, il y a de l'embrouille dans l'air avec les nouvelles directives, le festival se la coule douce. Dans le hall du Normandy, un homme est assis. Bien en évidence il observe, tripote son portable, parle dedans. Assez fort pour que tout curieux de la feuille l'entende évoquer son passage au Grand Journal. "Michel Denisot m'a remercié, dit-il à son interlocuteur. Audience battue hier soir avec plus d'un million de téléspectateurs, j'ai fait plus que Eva Longoria.... " Wouaah ! Impressionnant. Jean usé, dégaine de séducteur, mister Rocancourt est de passage. Après avoir embobiné des stars, réussies quelques entoure-loupes, épinglés Mickey Rourke, passé des mois derrière les barreaux, écrit deux livres, il parade en solo. Aprés le gros zizi à son Rocco, Catherine Breillat compte bien le faire tourner. Elle n'en râte pas une ! Ou pas un ! Et le futur acteur, bientôt présentateur de docus montrant l'univers carcéral yankee sur National Geographic est là, à deux pas. A portée d'oreille. Dingue ! Elle pas belle la vie. Plus belle encore. Que du bol !

L'énergumène fort sympahique n'a même pas terminé sa conversation que Zoe Cassavetes arrive avec Léa Drucker et son toutou. Parker Posey suit à deux pas. La première est rayonnante, la dernière craquante. La veille, le tout Deauville lui a rendu hommage. Rangé des caméras le grand Hal Hartley s'était déplacé. La soirée fut copieusement arrosée. Pour caus de météo en colère il ne faisait pas bon mettre un photographe dehors. C'est donc entre deux averses, une pluie diluvienne, sans fanfare, ni autographes que les invités sont arrivés. La sublime, coquine, déconcertante, emballante Parker a posé. Robettée de rouge, tout le monde n'avait d'Eye que pour elle. Ok, elle s'est faite rincer. L'espace d'un arrêt devant trois caméras lessivées, l'actrice envolée aux bras de Superman - le dernier - s'est néanmoins prise pour un pantin. Zoé a rigolé et Hartley s'est mis à disserter. Trois vedettes pour une soirée mouillée ! Top ! Didier, que fais-tu à Toronto ?

Un coup d'éponge, une bonne nuit au sec et au petit matin un rayon de soleil joueur s'est chargé de réchauffer l'ambiance. C'est qu'il fallait être d'aplomb pour s'envoyer les deux films en compétition. Pas de quoi se fendre la poire. Momma's man, où les errements d'un rejeton marié, père, préférant aller chez papa maman plutôt que de rentrer chez lui, a déclenché quelques lassitudes parmi le public. Signé Azazel Jacobs, ce fut le premier film à inciter des gens à partir avant la fin. pas bon signe. La projection terminée, la conférence de presse n'est guère plus emballante. Ils sont ... allez... trente à tout casser.

Deux heures plus tard, Antonio Campos passe son monde au shaker. les vieilles rombières venues faire leur sieste, les fils à papa présents pour parader, les autres n'en croient pas leur mirettes. Afterschool attaque sans détour. Sous des faux airs à la Van Sant, le jeune cinéaste parle de cul, de drogue, de désespoir, de dépravation, de fornication, d'humiliation, de collégiens se shootant à la vidéo, matant des pornos. Des gamins passifs, gâtés, pourris avant même d'avoir réellement vécus. Victimes consentantes d'un système les incitant à ne rein changer. Filmé façon dépouillé, de manière parfois désarmante, agaçante, le constat est cinglant, provocateur, déstabilisant. Et pan, un autre grand coup sur une Amérique qui n'en finit pas d'avoir la gueule de bois.

Heureusement que le Spike se prépare à tirer dans le tas avec son bataillon d'afro-américains engagés pour Miracle à Santa Anna.

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Festival de Deauville : Laissez Spacey  posté le mardi 09 septembre 2008 18:59

Festival de Deauville : laissez Spacey

Un seul nom en ce mardi 9 septembre. Spacey. Que ce soit en costume stricte, en cravate, en jean, blouson de cuir noir, au coin d'un bar, devant un micro. Kevin est  pro, du genre costaud, à l'aise. Faites passer le mot. Vedette, avec d'autres, de Recount où comment Bush vole son élection en 2000 après une bataille homérique, il a ensoleillé le tapis rouge du lundi. Avec sérieux, une pointe d'ironie, un oeil scrutant partout, fouinant, il a répondu aux questions des journalistes. Donné son point de vue sur l'état du monde, ce qu'il aurait pu devenir si Gore avait été élu. "Nous ne serions pas allés en Irak, peut-être en Afghanistan si le 11 septembre avait eu lieu, la planète serait différente", tout serait autrement.

En démocrate averti, convaincu - il a travaillé en étroite collaboration avec l'administration Clinton - il s'est félicité par le propos. Accusé par un festivalier lors de la conférence de presse de servir la soupe à un discours jugé "démagogique, montrant les républicains comme des arrogants et les démocrates comme des personnes plus cool" Kevin s'est fait un plaisir de répliquer en arguant que tout dans le film est vrai, des faits aux personnages impliqués. Les républicains avaient tout, à commencer par  l'argent et des gens puissants, alors que leurs rivaux manquaient de beaucoup de choses. Recount, est un film sur un combat pour la justice bafouée par des votes jetés à la poubelle, plus de un million de voix ignoré.

En novembre, hors de question qu'il n'apporte pas son soutien à Obama. Sur les planches, Spacey semblait comme un poisson dans l'eau. Loin de jouer les stars, il ne s'est pas privé pour discuter avec des invités de la Villa Cartier. Lundi soir il s'est envoyé quelques rasades des cocktails maisons, à esquisser quelques mouvements à l'écoute des Stones, s'est promené habité par la seule décontraction.  Deauville était sa scène et il l'a arpenté non sans brio.

Sans lui et le réalisateur, Jay Roach - vous savez Austin Powers - le festival n'aurait pas eu son Mojo.

Côté compétition, l'enfance, l'éducation, la religion ont occupé l'écran et les esprits. Ici avec All God's children can dance - premier film de Robert Logevall -, là avec Gardens of the Night de Damian Harris. L'un est volontairement lent, poétique, sorte de prière contre les excès, les dérives  d'une éducation mettant Dieu au centre de tout. A tel point que le héros, poussé par une mère illuminée, croit être son fils. Le second est plus dérangeant, plus violent. Il vous prend aux tripes et vous laisse lessivé, outré, en vrac. L'histoire, l'enlèvement d'une fillette de huit ans. Sa descente dans un enfer au quotidien, la prostitution, la drogue... Elle s'imagine que ses parents n'ont jamais cherché à la retrouver, ont fait une croix sur son existence. Un choc !

Derrière les buissons de la Villa Cartier, Parker Posey se prépare pour son hommage. Un jour de plus au décompte du festival. Une journée normale, tranquille marquée par l'annulation de la visite du réalisateur de Smart People Noam Murro et le survol de la ville par 'un jet privé. Celui emportant Kevin Spacey.

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