Festival de Deauville : le Recount est bon  posté le lundi 08 septembre 2008 17:54

Dimanche soir, le ciel se gausse, menace de déverser son trop plein d'eau. Le cortège officiel doit pointer le bout de son premier capot rutilant autour de 19h45. A 19h24, Zoe Cassavetes, toute de rose vêtue met les photographes en folie. Le jury révélation lui emboîte le pas. Diastème, Jalil Lespert, Ara Starck ( la fille de Philippe) et Léa Drucker (la propriétaire de son chien), ils sont tous là.  Clic, clac, sourires, tout le monde tournicote, prend la pose et s'engouffre dans C.I.D. Même pas le temps de souffler que Carole et ses acolytes suivent à fond de ballon. Les jurys arrivent par vague.

 

La partenaire de Patrick Mille dans Je Vais te manquer de Amanda Sthers - les deux femmes se sont rencontrées à l'abri du Normandy - rayonne, irradie. Pantalon noir, chemisier blanc, brushing au vent, elle guide son monde. Pierre Jolivet blague, Diane Fleir pétille telles les bulles d'un Champagne Cartier, Roni Elkabetz resplendissante est encore plus belle que dans La visite de la fanfare. Cédric Kahn, Christian Mungiu, François Damien... on se croirait presque à Cannes. 

Un coucou, un clin d'oeil, un coup de flash et chacun plonge à son tour dans l'antre du centre international. Tout juste deux minutes plus tard. Les limousines s'arrêtent. Neil LaBute descend. Barbu, ventru, binoclé, plutôt grand. Il n'attend même pas son acteur, deux petits tours et puis il fonce. Samuel L. Jackson, le flic psychopathe de Lakeview Terrace ne reste guère plus longtemps. Pas un arrêt devant le moindre micro, juste celui du Festival. Hier soir, c'était régime sans mots. Une virée sur le tapis rouge mené au pas de charge.

Samuel monte sur scène, salue, s'en va, file pour un direct programmé sur France 2. devant les caméras du service publique il revient sur le sujet du film, le racisme. "Cette attitude existe encore chez certains. Ils n'ont pas tourné la page, ne sont pas encore au XXIème sicèle". Hollywood est-elle une terre de solidarité, demande le présentateur ? "Difficile à dire, répond l'acteur. Je ne sais pas comment s'en sorte les jeunes, j'aimerai me dire qu'il y a plus d'opportunités grâce à Denzel Whashington, Morgan Freeman...".  Et l'homme  aux quelques 70 films, chevalier Jedi, flingueur citant la bible dans Pulp.. . avant de tirer dans le tas de revenir sur les propos rapportés dans Le Journal du Dimanche le matin même. Il dément les avoir tenu - voir article  précédent  - espère  bien que Obama gagnera, mais n'étant certain il touche simplement du bois.

8 septembre. Quatrième jour du festival, place à la compétition. Avant qu'elle ne débute, le festivalier en vient à se demander ce qu'il aurait pu arriver si Bush n'avait pas été déclaré gagnant en 2000, si les comtés de Floride avaient recompté les bulletins de vote, si tout s'était déroulé dans la plus grande légalité, clarté. Le monde en aurait tourné tout autrement. Il en fut malheureusement autrement. Pendant des semaines, du 4 novembre au 12 décembre, lla terre entière et l'Amérique en particulier sont suspendus aux tergiversations, aux affrontements à coups d'arguments juridiques entre pro Gore et défenseurs de W. Le cirque est complet, la gueule de bois assurée. Jay Roach s'est penché sur la question. Recount remonte le temps, retrace toute l'affaire. Avec Kevin Spacey, Tom Wilkinson, John Hurt aux commandes... C'est palpitant, dément, révoltant, diablement bien joué, la plus grande démocratie au monde, ou se faisant passer pour telle, en prend un sacré coup dans le pif et ses principes.

De quoi mettre en condition pour découvrir un Sam Rockwell habité par la religion, tiraillé par ses démons. Père à côté de la plaque, secoué de la cafetière, buveur de bière, séparé, il ne digère pas sa condition. Son ex-femme, Kate Beckinsale, est toute aussi perturbée mais pas pour les mêmes raisons. Tout bascule, s'accélère, vire au cauchemar avec la disparition dramatique de leur fille.  Snow Angles a tout d'un portrait étouffant, renversant, violent d'une petite ville de Pennsylvanie, quand la misère du coeur se fait percuter par celle de la vie. Le jury est au complet. Edouard baer compris. Que vont-ils penser du film de David Gordon Green ? Réponse dimanche.

En attendant, un repas avalé et Robert Logevall leur propose son premier film. All God's children can dance. L'errance d'un enfant élevé sans père, un chinois dans le quartier coréen de L.A. Depuis sa naissance, sa mère n'a eu de cesse de lui répéter qu'il était le fils de Dieu. Et il le croit. Jusqu'au jour où la question se met à le hanter, le doute s'installe. Il suit un homme qu'il pense être son géniteur. Comment dire ? Bizarre. Les lumières rallumées, d'étrange sensations vous picotent. La religion et ses serviteurs sont encore sur le devant de l'écran, pas de la même façon. Le cinéaste en profite pour mettre à mal ses propres démons.

Kevin Spacey attend. Ce soir, is the big night. L'heure du recount officiel a sonné. 

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