Festival de Deauville : laissez Spacey
Un seul nom en ce mardi 9 septembre. Spacey. Que ce soit en costume stricte, en cravate, en jean, blouson de cuir noir, au coin d'un bar, devant un micro. Kevin est pro, du genre costaud, à l'aise. Faites passer le mot. Vedette, avec d'autres, de Recount où comment Bush vole son élection en 2000 après une bataille homérique, il a ensoleillé le tapis rouge du lundi. Avec sérieux, une pointe d'ironie, un oeil scrutant partout, fouinant, il a répondu aux questions des journalistes. Donné son point de vue sur l'état du monde, ce qu'il aurait pu devenir si Gore avait été élu. "Nous ne serions pas allés en Irak, peut-être en Afghanistan si le 11 septembre avait eu lieu, la planète serait différente", tout serait autrement.
En démocrate averti, convaincu - il a travaillé en étroite collaboration avec l'administration Clinton - il s'est félicité par le propos. Accusé par un festivalier lors de la conférence de presse de servir la soupe à un discours jugé "démagogique, montrant les républicains comme des arrogants et les démocrates comme des personnes plus cool" Kevin s'est fait un plaisir de répliquer en arguant que tout dans le film est vrai, des faits aux personnages impliqués. Les républicains avaient tout, à commencer par l'argent et des gens puissants, alors que leurs rivaux manquaient de beaucoup de choses. Recount, est un film sur un combat pour la justice bafouée par des votes jetés à la poubelle, plus de un million de voix ignoré.
En novembre, hors de question qu'il n'apporte pas son soutien à Obama. Sur les planches, Spacey semblait comme un poisson dans l'eau. Loin de jouer les stars, il ne s'est pas privé pour discuter avec des invités de la Villa Cartier. Lundi soir il s'est envoyé quelques rasades des cocktails maisons, à esquisser quelques mouvements à l'écoute des Stones, s'est promené habité par la seule décontraction. Deauville était sa scène et il l'a arpenté non sans brio.
Sans lui et le réalisateur, Jay Roach - vous savez Austin Powers - le festival n'aurait pas eu son Mojo.
Côté compétition, l'enfance, l'éducation, la religion ont occupé l'écran et les esprits. Ici avec All God's children can dance - premier film de Robert Logevall -, là avec Gardens of the Night de Damian Harris. L'un est volontairement lent, poétique, sorte de prière contre les excès, les dérives d'une éducation mettant Dieu au centre de tout. A tel point que le héros, poussé par une mère illuminée, croit être son fils. Le second est plus dérangeant, plus violent. Il vous prend aux tripes et vous laisse lessivé, outré, en vrac. L'histoire, l'enlèvement d'une fillette de huit ans. Sa descente dans un enfer au quotidien, la prostitution, la drogue... Elle s'imagine que ses parents n'ont jamais cherché à la retrouver, ont fait une croix sur son existence. Un choc !
Derrière les buissons de la Villa Cartier, Parker Posey se prépare pour son hommage. Un jour de plus au décompte du festival. Une journée normale, tranquille marquée par l'annulation de la visite du réalisateur de Smart People Noam Murro et le survol de la ville par 'un jet privé. Celui emportant Kevin Spacey.
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