Veille du 11 septembre, un newyorkais se montre. Engagé, défenseur acharné d'Obama, toujours partant pour flanquer de grosses ruades dans les balustrades de la polémique, Spike Lee est annoncé. Conférence de presse, avant première, hommage le cinéaste américain a le droit au grand jeu. Mais pas la peine de monter au front, de menacer de tout faire exploser, rendez-vous demain.
En ce jour de repos pour les élèves, quoi que, il y a de l'embrouille dans l'air avec les nouvelles directives, le festival se la coule douce. Dans le hall du Normandy, un homme est assis. Bien en évidence il observe, tripote son portable, parle dedans. Assez fort pour que tout curieux de la feuille l'entende évoquer son passage au Grand Journal. "Michel Denisot m'a remercié, dit-il à son interlocuteur. Audience battue hier soir avec plus d'un million de téléspectateurs, j'ai fait plus que Eva Longoria.... " Wouaah ! Impressionnant. Jean usé, dégaine de séducteur, mister Rocancourt est de passage. Après avoir embobiné des stars, réussies quelques entoure-loupes, épinglés Mickey Rourke, passé des mois derrière les barreaux, écrit deux livres, il parade en solo. Aprés le gros zizi à son Rocco, Catherine Breillat compte bien le faire tourner. Elle n'en râte pas une ! Ou pas un ! Et le futur acteur, bientôt présentateur de docus montrant l'univers carcéral yankee sur National Geographic est là, à deux pas. A portée d'oreille. Dingue ! Elle pas belle la vie. Plus belle encore. Que du bol !
L'énergumène fort sympahique n'a même pas terminé sa conversation que Zoe Cassavetes arrive avec Léa Drucker et son toutou. Parker Posey suit à deux pas. La première est rayonnante, la dernière craquante. La veille, le tout Deauville lui a rendu hommage. Rangé des caméras le grand Hal Hartley s'était déplacé. La soirée fut copieusement arrosée. Pour caus de météo en colère il ne faisait pas bon mettre un photographe dehors. C'est donc entre deux averses, une pluie diluvienne, sans fanfare, ni autographes que les invités sont arrivés. La sublime, coquine, déconcertante, emballante Parker a posé. Robettée de rouge, tout le monde n'avait d'Eye que pour elle. Ok, elle s'est faite rincer. L'espace d'un arrêt devant trois caméras lessivées, l'actrice envolée aux bras de Superman - le dernier - s'est néanmoins prise pour un pantin. Zoé a rigolé et Hartley s'est mis à disserter. Trois vedettes pour une soirée mouillée ! Top ! Didier, que fais-tu à Toronto ?
Un coup d'éponge, une bonne nuit au sec et au petit matin un rayon de soleil joueur s'est chargé de réchauffer l'ambiance. C'est qu'il fallait être d'aplomb pour s'envoyer les deux films en compétition. Pas de quoi se fendre la poire. Momma's man, où les errements d'un rejeton marié, père, préférant aller chez papa maman plutôt que de rentrer chez lui, a déclenché quelques lassitudes parmi le public. Signé Azazel Jacobs, ce fut le premier film à inciter des gens à partir avant la fin. pas bon signe. La projection terminée, la conférence de presse n'est guère plus emballante. Ils sont ... allez... trente à tout casser.
Deux heures plus tard, Antonio Campos passe son monde au shaker. les vieilles rombières venues faire leur sieste, les fils à papa présents pour parader, les autres n'en croient pas leur mirettes. Afterschool attaque sans détour. Sous des faux airs à la Van Sant, le jeune cinéaste parle de cul, de drogue, de désespoir, de dépravation, de fornication, d'humiliation, de collégiens se shootant à la vidéo, matant des pornos. Des gamins passifs, gâtés, pourris avant même d'avoir réellement vécus. Victimes consentantes d'un système les incitant à ne rein changer. Filmé façon dépouillé, de manière parfois désarmante, agaçante, le constat est cinglant, provocateur, déstabilisant. Et pan, un autre grand coup sur une Amérique qui n'en finit pas d'avoir la gueule de bois.
Heureusement que le Spike se prépare à tirer dans le tas avec son bataillon d'afro-américains engagés pour Miracle à Santa Anna.
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