Festival de Deauville se Hurt à William  posté le jeudi 11 septembre 2008 18:19

L'un est très grand, impressionnant, l'autre plus petit et géant dans son genre. Un blanc, un noir. En ce jeudi 11 septembre - une date tragique pour l'Amérique - iIs ont deux points communs, le cinéma et Deauville. William Hurt et Spike Lee sont sur les planches.

Le premier est venu aux bras de Maria Bello, une habituée du festival. Sur les coups de 14h34, le voilà fait citoyen d'honneur de la cité Normande, reçu à la mairie avec les égards dûs à l'événement, par le maire. Le directeur du festival, l'ancien premier magistrat Mme d'Ornano, et quelques invités triés sur le volet applaudissent. Le soir venu, William sera la proie des flashs, il arpentera le tapis rouge avec la ferme intention de venir défendre The Yellow Handkerchief, un road movie, une errance au coeur de la Louisiane...

Le second est une quasi institution. Maintes fois le festival l'a invité, en vain. en ce 10 septembre la manifestation lui sort le grand jeu. Honneurs, hommage, une salle comble, rien ne manque. Surtout pas le discours retraçant sa carrière, expliquant le pourquoi d'un tel engouement. Et quel discours. Chargé d'opérer pour l'occasion, le patron de la programmation de la Cinémathèque française a brossé un portrait on ne peut plus élogieux et amplement mérité. Devant un public tout ouïe Il a mentionné les engagements, les luttes contre l'obscurantisme, le racisme, la ségrégation mentale..., menés par le cinéaste depuis plus de vingt ans. Spike ne cesse de zoomer sur les maux de notre société, de les dénoncer. En Inside man, il s'attaque au système, le perfore, le malmène.

Pour Lee la salle s'est levée, comme un seul homme à l'exception d'une personne de renom Dominique Dessaigne. Perdu au milieu de la foule, le patron du groupe Lucien Barrière n'a pas bronché. Lee a remercié, dit être très touché. Peu de temps avant, il avait évoqué en conférence de presse sa visite au cimetière américain, son étonnement d'apprendre que nombre de soldats tués sur les plages de France étaient noirs. Lee est là pour Miracle à Santa Anna, un film truffé d'Allemands, nazis ou pas, d'Italiens, partisans ou pas, de GI's, essentiellement des afros-américains débarqués en Europe. Ayant combattus en Toscane dans l'indifférence quasi générale. Lee voulait saluer leur courage, rappeler leur dévouement à la bannière étoilée. Fortement concerné par les nouvelles élections Il s'est fait un devoir de mentionner son attachement à Obama. Lee est un combattant, un guerrier, sa présence sur les Planches claquait au vent de l'engagement à la mémoire de plus d'un millions de ses "frères" tombés pour défendre la démocratie, leur pays...

Entre ces deux personnages, deux projections de films en compétition. L'un Ballast, abuse du glauque, met mal à l'aise, est badigeonné à la sinistrose. L'autre Sunshine Cleaning, apparaît foutrement plus coloré. Diablement bien joué, tirant sur le noir avec des pointes d'espoir, drôle et tragique, touchant, poilant, il montre l'âme humaine sans maquillage, tripatouille dans les entrailles de la misère, des sentiments, met les mains dans le cambouis de la solitude. La mort y côtoie la vie avec gourmandise, originalité, tristesse, nostalgie. Une bouffée d'air un peu plus frais au milieu d'un crachin, d'une grisaille, malmenant les esprits.

Non loin de la mairie, alors que Hurt se fait attendre, une femme raconte son voyage d'Evreux à Paris. En habituée du train et du trajet, elle clame haut et fort son étonnement d'avoir été non seulement contrôlée mais fouillée. La montre rutilante, le maquillage travaillé, le brushing tiré à quatre épingles, la soixantaine passée, personne n'aurait l'idée de venir l'importuner. Et pourtant ! Pour la première fois dans sa vie la police lui a demandé son identité, les douanes l'ont interrogé et bien que propre sur elle, il lui fallut obtempérer, coopérer. Elle a vu le GIGN monter à bord du train, les douaniers scruter chaque passager avant de tomber sur un possible "trafiquant" presque aussitôt menotté. Embarqué dans un wagon évacué de ses occupants, l'individu a été récupéré à Saint Lazare. A sa descente, la dame fut questionnée, comme tous les autres. Et de préciser qu'un agriculteur fabricant de calvados était du nombre. Sa surprise fut telle qu'il faillit en tomber dans les pommes, dit-elle. Un bon point de départ pour un scénar.

Et dire que le festival tire déjà à sa fin. Encore Binoche, Juliette pour les intimes, Viggo Mortensen et Ed Harris et il sera temps de faire ses valoches. Terminé le cinoche.  

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