Samedi matin, hall du Royal, pas un bruit. Un journaliste ingurgite son café en lâchant de gros "slup". Il opère dans un grand quotidien. Paul-Loup Sulitzer machouille. Un photographe en quête de reconnaissance se faufile entre les fauteuils matelassés. Les lustres vieillots veillent. L'aspirateur avale les miettes d'une nuit sans problème. Jean-Claude Dauphin, flingué net dès l'ouverture du Deuxième Souffle, rêve qu'il est devenu une star. Le chroniqueur d'Europe 1 prépare son journal de 13 h, tente de vendre un sujet Monica Bellucci. Le ciel normand tarde à se réveiller. Sur les écrans, l'heure est aux grosses machines. Paul Greengrass associé à Matt Damon d'un côté face au trio de En Cloque mode d'emploi, de l'autre. Au milieu des pingouins qui se bidonnent en dessin animé.
11 h 03, rencontre avec le réalisateur de La Vengeance dans la peau. Le cheveu de l'anglais est long, les lunettes pas franchement drôles. Sa voix est lourde, comme une rafale de mitrailleuse. Paul est en forme, heureux du succès dégoté. A la question, pourquoi n'est-il pas devenu agent secret, lui qui approcha le MI5, qui adore les mondes de l'espionnage ? La réponse fuse, sans appel : "Parce que je peux cotoyer ce monde obscur autremnent mieux au cinéma." Dans le couloir, ça piaffe, les journalistes attendent.
Sur le plateau Paul s'est entendu comme larron en foire avec Matt. Il n'a jamais oublié le jour de leur première rencontre lorsque l'acteur règla la note d'un dîner pour le moins copieux alors que le réalisateur n'était encore pas très fortuné. L'a-t-il remboursé depuis ? Paul hésite, sourit. Rétorque que non, un peu gêné.
En ce 1er septembre, son film fait l'événement deauvillois. Dans la salle d'à côté Matt répond, encore et encore, aux mêmes questions. Pas facile la vie d'acteur de haut vol. Il est midi, l'heure d'aller siroter un coca galcé au bar du Soleil, là où le soleil assomme les crevettes décongelées.
Gwen Douguet
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