Samedi tire à sa fin. Villa Cartier haut lieu des réjouissances festivalières. Le personnel est sur le pont. Trois cents invités triés sur le volet passent de salle en salle. Coupes de champagne et macarons à la fraise se disputent les faveurs du petit monde du ciné. Assis sur des poufs colorés, au coeur de décors branchouilles, la famille de En Cloque, mode d'emploi, Judd Apatow, son épouse et le copain Seth Rogen. Le trio sirote, coince la bulle. La fête n'est pas donnée en leur intention, elle pétille en l'honneur de l'équipe de La Vengeance dans la peau. Mais vous avez beau circuler, slalomer entre belles filles et grands gaillards, point de Damon à se mettre dans les mirettes. Matt trinque à deux pas de là. De l'autre côté de la route. Matt trône au bar du Royal en compagnie de son pote Clooney. Ils y resteront, dixit la rumeur, jusqu'à 4 heures du matin.
Avant de s'en aller se coucher, le Matt serait passé par la réception afin de demander un réveil avec petit déjeuner à 7 h 30 pour son ami George. Sympa ! Les blagues de cet acabit, les braqueurs de casinos n'ont pas arrêté de s'en faire durant les tournages des péripéties d'Ocean et de sa bande de joyeux drilles. Celle-là, c'est de la pécadille.
Quoi qu'il en soit, sur les coups de 8 h en ce dimanche 2, l'acteur séducteur est sur le pont. Sa journée sera chargée. Interviews débitées à la chaîne, une légère pause déjeuner, une conférence de presse et hop une projection officielle. Arrivé de Venise la veille Clooney a fait monter la température. Il suffit de traîner dans les couloirs menant aux chambres réservées pour ses entretiens pour s'en rendre compte. La gent féminine y est dans tous ses états. L'idée de croiser le regard du tombeur de ces dames les pame d'aise, les comble. L'excitation parfume l'atmosphère. Une journaliste tellement subjuguée menace mène de se déguiser afin de revenir lui tendre son micro.
Les agapes du repas dominical avalées, le thermomètre grimpe encore. L'abord de la tente réservée à la conférence de presse ressemble à un bocal de confiture pris d'assaut par un essaim d'abeilles affamées. Ca grouille de partout. Chacun se colle aux vitres en plastique pour mieux emprisonner le portrait de la star. Sur les coups de 14 h 33, l'ambiance monte de dix crans - pourquoi dix ? parce que - cris, bousculades, CRS musclés, l'hystérie gagne du terrain. On se croirait à Cannes. Et puis The Man arrive. Costard noir, sourire ensorcelleur en guise de signature, la barbe naissante poivre et sel. Première question. Première réponse. Assez pour apprendre qu'il n'entend pas briguer un poste de politique dans son pays, préfère l'écran pour communiquer ses idées, s'engager. La traductrice essaie de se faire le relai entre une salle bondée et un invité entouré de toute l'équipe de Michael Clayton, le réalisateur Tony Gilroy - scénariste des trois Bourne - et Tilda Swinton en tête. Elle peine, perd en chemin des mots, ampute les propos, diluant l'échange tant attendu dans les eaux de l'insipide. Ou presque. En l'espace d'une demi-heure le public apprend néanmoins que le beau George se réjouit de l'état d'esprit d'un certain cinéma retrouvant l'ardeur, la flamme, la virulence, le chemin de la contestation propres à celui en vigueur dans les années 70. Un cinéma qui remplace le champ de la dénonciation, de l'investigation, de la révélation déserté par la télévision. Mais le show attendu n'a pas eu lieu.
Quelques minutes plus tôt, la belle... ucci, elle ne s'était pas privée pour embraser la salle, pour épingler la violence au cinéma, alpaguer l'indifférence. Dans sa robe bleu-mauve, l'Italienne présente pour défendre Shoot'em Up de Michael Davis a emballé son auditoire. Comme pour Clooney, pas une seule chaise n'était disponible alors qu'on ne se battait pas sur les coups de 16 h pour échanger des idées avec l'équipe de En Cloque mode d'emploi. Comme si tout le monde s'en était allé se faire une beaué pour assister à la projection officielle, en présence du maire, des frasques d'un Clooney tiraillé par sa conscience en avocat mêlé aux agissements honteux d'une grosse société.
Lundi matin, c'est un autre gros calibre que les festivaliers vont pouvoir cibler dans le viseur de leurs appareils photo. Brad Pitt. Jamais passé par Deauville la star doit y attérir en début d'après-midi avec femme, enfants et nounous en provenance de Venise. Le complice de Matt et George arrive avec dans ses valises The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford. Du lourd. Place aussi à la compétition. André Téchiné et ses jurés vont enfin commencer à travailler. Il est temps. Allez zou !
Gwen Douguet
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